Ma vie va changer

Et si l’on imaginait un avenir où nous confierions nos données personnelles à un moteur d’intelligence artificielle pour nous aider à faire les bons choix ? Nous deviendrions une sorte d’homme intellectuellement augmenté. Cet avenir qui se dessine est loin d’être une utopie, nous y travaillons tous déjà, peut être sans le savoir.

La commission européenne œuvre sur la notion de « personne électronique » donnant des droits et des devoirs à ce futur compagnon qui guidera notre vie. Ainsi nous pourrons nous « associer » ou nous « marier » avec des personnes électroniques auxquelles nous confirons nos données en toute confiance, qui nous connaitront et avec qui nous bâtirons des projets.

Ces personnes électroniques vont petit à petit peupler nos vies. Elles vont conduire nos voitures, faire nos courses, nous assister en toute circonstance. Nul besoin qu’elles revêtent une apparence humanoïde, elles vont se fondre dans notre univers technologique.

Elles devront disposer d’une assurance, tout comme on assure un animal. Elles auront un caractère, une personnalité, une connaissance en partie dotée de leur concepteur et en partie acquise de leur expérience.

Même au boulot

Dans notre vie professionnelle des « collègues électroniques » auxquels l’entreprise confiera ses données pourront réaliser certaines taches physiques ou intellectuelles.

Le monde d’hier duquel nous nous éloignons un peu plus chaque jour s’est bâti sur la notion de travail (rappelons que l’origine latine de ce mot est « torture »). Celui dans lequel nous entrons sera peuplé de personnes physiques, de personnes morales et de personnes électroniques.

Ces dernières constitueront de la valeur à partir des connaissances que l’humanité leur apportera. Il est juste de penser que l’humanité devra être bénéficiaire d’une partie de cette valeur en retour. Ainsi le terme « chômeur » disparaitra enfin de notre langage au profit du terme « contributeur » car si je connais nombre de personnes sans emploi, je n’en connais aucune réellement sans activité. Il suffira donc de rémunérer l’activité contributive qu’elle soit indifféremment à usage de personnes physiques, morales ou électroniques.

Pas tous fréquentables

S’il est tout à fait réaliste d’entrevoir le monde futur peuplé de personnes électroniques bâties sur des algorithmes d’intelligence artificielle exploitant nos données, il est tout à fait utopique de les voir comme autant de « bisounours » à notre service. Les escrocs construiront des « escrocs électroniques » comme c’est d’ailleurs déjà le cas avec les hackers.

Il faudra bien évidemment équiper nos alter-egos électroniques de règles d’éthique mais aussi de dispositifs de méfiance, de capacité à détecter les usages abusifs et illégaux de nos données. Les robots voyous seront condamnés de la pire façon qui soit, à l’isolement, tout comme on isole aujourd’hui les serveurs des hackers grâce à nos pare-feu et nos anti-virus.

Un champ immense

On imagine facilement confier à ces personnes électroniques des charges plus ou moins pénibles que nous exécutons nous même au quotidien, mais ces personnes électroniques pourront aussi être dotées de compétences pour exécuter des tâches que nous n’imaginons même pas aujourd’hui.

Le monde qui s’ouvre et que je ne sais comment appeler (4.0 peut être) constitue un champ gigantesque pour nos startups qui ne manqueront pas de rivaliser d’ingéniosité dans la création de milliards de robots tous plus intelligents et efficaces les uns que les autres. La terre sera alors peuplée surement de bien plus de personnes électroniques que de personnes physiques.

Une fois de plus nous courrons le risque que nos institutions soient à traine face à ce raz de marée qui ne manquera pas de nous submerger dans la prochaine décennie. Mais là aussi nous verrons apparaître des parlementaires électroniques, des sénateurs électroniques, des ministres électroniques qui j’espère leur seront de bons conseils…

Jean Pierre MALLE