Le quatrième secteur économique

Les données sont en passe de constituer le quatrième secteur économique au sein du PIB des nations[1]. Les experts nous annoncent que ce secteur représentera plus de 20% du PIB des économies occidentales à l’horizon d’une dizaine d’années[2]. Il est fort à parier qu’à l’instar du secteur des services qui a pris le pas progressivement sur celui de l’industrie, le secteur des données deviendra prépondérant à mi siècle.

Dans cette gigantesque émergence d’activités nouvelles, se dessine peu à peu le contour d’une activité particulière : la Data Intelligence. Elle se définit comme l’activité de révélation de données cachées dans des données. Ce qui fait sa nouveauté réside dans l’usage de techniques et méthodes inédites et notamment en matière de transformation des données or la France dispose du potentiel pour devenir un des leaders mondiaux du domaine[3].

La data-touche française

On ne le sait pas toujours mais derrière quasiment chaque success-story du net, au moins un inventeur français a porté sa contribution. L’Angleterre a récemment décoré un français[4] (malheureusement écarté par le plan calcul de l’époque) dont les travaux[5] il y a 25 ans sont à l’origine du protocole TCP/IP puis d’internet.

A l’heure où les succès de nos entreprises en Data Intelligence commencent à se manifester fortement, nous devons nous interroger sur ce qui fait nos points forts et poursuivre le développement des stratégies menées depuis plusieurs années pour encourager et conserver nos talents.

La France se place comme une véritable pouponnière à datascientist. Ce dernier se distingue de ses grands frères le dataminer ou le statisticien car c’est un ingénieur connaissant bien le métier, pour qui les données manipulées ont du sens. Il produit des modèles qui « agissent » et non des modèles qui « s’expliquent ». A ce titre, nos grandes écoles d’ingénieurs sont particulièrement bien adaptées pour produire des datascientists à l’instar des disciplines traditionnelles.

La data-transformation

Souvent, nos contraintes très particulières nous poussent à développer notre ingéniosité. Nous ne sommes pas les leaders du stockage des données, du contrôle des flux, des processeurs ultrarapides. Nos lois en matière de protection de la vie privée ne nous permettent pas de disposer d’informations que d’autres ont facilité à glaner. Alors nous avons développé des savoirs faires pour comprendre la donnée en respectant la vie privée, pour l’anticiper avec plus d’audace, pour la transformer avec plus de puissance.

Notre système d’éducation et nos universités développent notre esprit analytique. La France est le deuxième pays le plus médaillé en mathématiques (fields)[6] au coude à coude avec les USA et largement devant les suivants.

Nos startup prédisent le taux de remplissage des trains, anticipent les risques, traquent les fraudes, améliorent les ventes ou encore comprennent ce que lisent les internautes. Elles remportent des trophées. Ces succès sont le fruit du travail de nos datascientists[7].

La data-prédiction

L’avenir s’inscrit en filigrane dans les données. Les approches statistiques nous ont permis jusqu’alors de prédire l’apparition de phénomènes en observant leurs récurrences. Aujourd’hui la demande en techniques d’anticipation et de prédiction de phénomènes non encore établis est colossale et dépasse largement le cadre des phénomènes récurrents. Alors les datascientists cherchent à opérer des prédictions en explorant les signaux faibles et en traquant les singularités. La dataprédiction est un monde d’incertitude dans lequel les ingénieurs français excellent. Par exemple, la capacité à prédire l’évolution des villes dont s’est dotée une startup française a été reconnue « innovation de l’année 2014 » par le MIT, ce qui montre la portée mondiale de ce savoir-faire.

La data-entreprise

L’expression « petit patron » a enfin cédé la place à l’expression « entrepreneur »[8]. Profitons de cet élan de reconnaissance des créateurs par l’opinion publique et accompagnons le mouvement de la French Tech[9].

Les idées ne manquent pas aux startups de la data intelligence pour créer des services innovants centrés sur l’utilisateur et les usages. Le développement du financement participatif et des projets collaboratifs facilite l’émergence de ces data driven startups de la French Tech.

De nouveaux modèles économiques apparaissent autour de services gratuits voire rémunérateurs. En contrepartie, la collecte de donnés consenties permet à ces entreprises de mener des rapprochements générateurs de prédictions commercialisables.

Nous devons tous œuvrer pour encourager les chercheurs, les créateurs de start-up et les entreprises à développer des produits et des projets de Data Intelligence en France, car ici se situent les emplois de demain. Il serait dommageable que ce qui constitue aujourd’hui une de notre supériorité, notre force et notre salut, nous échappe.

Jean Pierre MALLE

 

[1] http://netizen3.org/index.php/Bienvenue_dans_le_quaternaire

[2] http://www.mckinsey.com/global_locations/europe_and_middleeast/france/fr/latest_thinking/accelerer_la_mutation_des_entreprises_en_france

[3] http://www.gouvernement.fr/8-chiffres-qui-vont-vous-etonner-sur-la-france-et-le-numerique

[4] Louis Pouzin

[5] https://fr.wikipedia.org/wiki/Louis_Pouzin

[6] http://www.lemonde.fr/sciences/article/2014/08/13/artur-avila-nouveau-francais-laureat-de-la-medaille-fields_4470712_1650684.html

[7] http://www.alliancy.fr/startup-et-levees-de-fonds/bigdata/2014/11/07/30-start-up-qui-montent-dans-le-big-data

 

[8] http://www.lefigaro.fr/emploi/2013/11/15/09005-20131115ARTFIG00285-ces-expressions-francaises-pessimistes-a-l-image-de-notre-quotidien.php

[9] http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2014/11/12/l-offensive-french-tech-d-axelle-lemaire_4522343_1656994.html